Votre corps a un avantage sur votre esprit : il sait où il est
PNL 5.0 · 6 min de lecture · Par Karim Turki

Votre corps a un avantage sur votre esprit : il sait où il est

On nous conseille souvent de « revenir à l’instant présent ». C’est une belle phrase. Elle a seulement un défaut : elle suppose que nous savons où se trouve cet instant.

Revenir où ?

Cela semble évident. Ici. Très bien. Mais où est « ici » ? Essayons de ne pas répondre trop vite. Parce que votre esprit possède une particularité assez fascinante. Il peut être presque partout.

Votre corps, beaucoup moins.

Votre esprit voyage très bien

Pensez à ce que vous avez fait hier matin. Vous venez de quitter cette page pendant une fraction de seconde. Pas physiquement. Mais quelque chose a dû chercher une image, une sensation, peut-être un lieu.

Essayez maintenant demain matin. Vous ne savez pas exactement ce qui arrivera, mais vous pouvez déjà y être. Votre premier rendez-vous. Le trajet. Une conversation. Une chose que vous ne devez surtout pas oublier et que, maintenant que nous venons d’en parler, vous avez une chance raisonnable de ne pas oublier.

Hier. Demain. Il y a dix ans. Dans une conversation qui n’a jamais eu lieu. Dans une autre que vous aimeriez recommencer. Notre esprit possède cette capacité extraordinaire de se déplacer dans des réalités qui ne sont pas physiquement présentes. Il peut revisiter, anticiper, reconstruire, inventer, simuler.

Et il peut le faire si bien que notre corps finit parfois par réagir à l’endroit où notre esprit est parti. Pensez à une conversation difficile prévue demain, et votre respiration peut déjà changer aujourd’hui. Souvenez-vous d’un moment embarrassant vieux de quinze ans, et vous pouvez encore ressentir quelque chose maintenant. Quinze ans. Votre corps a manifestement de la mémoire pour certaines choses dont vous vous passeriez volontiers.

Et pourtant, il existe une différence fondamentale. Votre esprit peut visiter demain.

Votre corps, lui, ne peut pas l’accompagner.

Le corps reste ici

Pendant que vous pensez à demain, vos pieds sont toujours là. Pendant que vous rejouez une conversation d’hier, votre respiration se produit maintenant. Pendant que vous imaginez ce que quelqu’un pourrait vous dire la semaine prochaine, votre corps continue d’être en contact avec une chaise, un sol, des vêtements, de l’air.

Il ne possède pas la même liberté de déplacement que votre esprit. C’est même assez injuste.

L’esprit part en voyage. Le corps garde les bagages.

Mais cette limitation possède un avantage considérable. Le corps reste en contact avec ce qui se produit maintenant. Pas avec le concept du présent. Avec ce qui est là. La température de l’air. La pression de vos pieds sur le sol. Le poids de votre corps. Un son. Une lumière. Une tension. Une respiration.

Tout cela peut être ignoré. Mais tout cela continue. Le corps n’a pas besoin de savoir quelle heure il est pour être ici. Il n’a même pas besoin que vous pensiez à lui. Pendant que votre esprit voyage, il reste au point de départ.

Cinq portes qui ne ferment jamais tout à fait

Regardez autour de vous. Pas longtemps. Simplement assez pour remarquer une couleur.

Maintenant, écoutez. Quel est le son le plus lointain que vous puissiez entendre ? Puis le plus proche ?

Remarquez ensuite un point de contact de votre corps. Vos pieds. Votre dos. Vos mains. Vos vêtements contre votre peau.

Vous venez d’utiliser quelques-uns des canaux par lesquels votre corps reste en relation avec son environnement. Vous voyez. Vous entendez. Vous sentez. Vous goûtez. Vous percevez des odeurs. La PNL regroupe traditionnellement ces modalités sous un acronyme assez peu poétique mais pratique : VAKOG. Visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif.

Mais voici ce qui nous intéresse. Vous pouvez voir la tasse qui se trouve réellement devant vous. Ou revoir mentalement la tasse de café de ce matin. Vous pouvez entendre la voix de quelqu’un qui vous parle. Ou réentendre intérieurement ce qu’il vous a dit hier. Vous pouvez sentir la chaleur du soleil sur votre peau. Ou retrouver quelque chose de la sensation d’une plage où vous étiez il y a cinq ans.

Les mêmes grandes modalités peuvent donc participer à deux expériences très différentes. L’une est en relation avec ce qui arrive. L’autre avec ce qui est représenté. Les deux sont utiles.

Mais elles ne nous placent pas au même endroit.

Deux mondes, mêmes portes

Imaginez maintenant une pomme. Sa couleur. Sa forme. Peut-être sa texture.

Puis regardez un objet réel devant vous.

Dans les deux cas, quelque chose peut être vu. Mais l’expérience ne vient pas du même endroit. Une image est produite intérieurement. L’autre vous parvient de l’environnement.

C’est ce qui rend nos représentations si puissantes. Elles peuvent devenir assez riches pour occuper davantage notre attention que ce qui se passe autour de nous. Lorsque nous sommes absorbés, le monde n’a pas disparu.

Nous sommes simplement devenus moins disponibles à ce qu’il nous envoie.

Le corps offre alors quelque chose de précieux : un point d’appui pour revenir qui ne demande pas nécessairement davantage de pensée.

Le présent n’est pas une idée

Essayez de penser au présent. Pas de le sentir. D’y penser. Vous pouvez vous dire :

« Je suis ici et maintenant. »

Très bien. Mais cette phrase est encore une phrase. Vous pouvez répéter « ici et maintenant » pendant cinq minutes tout en pensant à ce que signifie être ici et maintenant. Ce qui serait une façon assez sophistiquée de ne plus y être tout à fait.

Le présent n’a pourtant pas besoin d’être expliqué. Un son se produit. Une pression existe sous votre main. La lumière atteint vos yeux. L’air entre. L’air sort. Ce sont des événements. Pas des commentaires sur des événements.

C’est peut-être pour cela que le corps constitue une référence si intéressante. Il ne nous demande pas de construire une meilleure représentation du présent.

Il nous met en contact avec quelque chose qui est déjà là.

Essayez

Revenir par la sensation

Revenir, donc. Mais revenir à quoi ? Le corps offre un point d’appui très simple : la sensation. Essayez.

Sans fermer les yeux. Sans modifier votre respiration. Sans prendre une posture particulière.

Remarquez simplement vos pieds. Pas l’idée de vos pieds. La sensation. Pression. Température. Contact. Peut-être presque rien.

Maintenant écoutez un son. Puis regardez réellement quelque chose devant vous. Une forme. Une texture. Une couleur.

Pendant ces quelques secondes, vous n’avez pas empêché votre esprit de penser. Vous n’avez rien supprimé. Vous avez simplement rétabli un contact.

Et c’est peut-être une distinction importante. Revenir ne signifie pas nécessairement faire disparaître l’expérience intérieure. Cela peut simplement consister à rendre de nouveau disponible ce qui était passé à l’arrière-plan. Le corps. Les sensations. L’environnement. Ici.

Essayez

Soixante secondes

Essayons maintenant de réunir tout cela. Pendant une minute, ne cherchez pas à être présent. Ce serait déjà un objectif, et un objectif suffit souvent à éloigner ce qu’il vise. Faites simplement ceci.

Regardez autour de vous et remarquez trois choses que vous voyez réellement. Pas leur nom. Leur couleur. Leur forme. La lumière.

Puis écoutez deux sons. Un proche. Un plus lointain.

Puis remarquez une sensation corporelle. Un contact. Une température. Le mouvement de votre respiration. Restez quelques secondes avec elle.

Votre attention partira peut-être. Très bien. Lorsque vous le remarquez, revenez. Pas nécessairement à la respiration. À n’importe quelle information qui vous parvient réellement maintenant : une couleur, un son, une pression, une odeur, la température de l’air.

Pendant une minute, laissez simplement votre corps vous rappeler où vous êtes.

…

C’est tout. Pas d’état extraordinaire à atteindre. Pas de vide mental. Pas de performance. Peut-être même aucune sensation particulière. Seulement un changement très simple :

ce qui était là est redevenu perceptible.

Le corps comme point de référence

Le retour devient alors plus concret. Revenir peut signifier retrouver une sensation. Un son. Une respiration. Un contact. Une personne réellement présente devant nous.

Cela ne signifie pas que le corps serait une sorte d’antidote à la pensée. Nous avons besoin des deux.

Sans notre capacité à représenter, nous serions enfermés dans l’immédiat. Sans notre capacité à sentir, nous pourrions finir enfermés dans nos représentations.

L’un nous permet d’aller ailleurs. L’autre nous rappelle qu’il existe encore un ici. Et plus nous apprenons à reconnaître cet ici, moins le retour demande d’explication. Il suffit parfois de sentir ses pieds. Ce qui, après plusieurs milliers d’années de philosophie consacrées à la question de la présence, est presque vexant.

Quelque chose n’était jamais parti

Nous parlons volontiers de l’attention qui part, des pensées qui nous absorbent, du moment où nous revenons. Cette manière de raconter l’expérience pourrait laisser penser que tout était parti. Ce n’est pas exactement ce qui s’est produit.

Pendant votre conversation imaginaire, votre respiration continuait. Pendant votre inquiétude concernant demain, vos pieds touchaient toujours le sol. Pendant que vous rejouiez hier, les sons d’aujourd’hui continuaient d’exister. Quelque chose était resté en contact avec le présent pendant toute la durée du voyage. Vous ne le remarquiez simplement plus.

C’est peut-être l’avantage le plus discret du corps. Le présent n’est pas quelque chose auquel le corps doit revenir.

Il ne l’a jamais quitté.

Votre esprit peut essayer de comprendre qui vous êtes. Il peut construire une histoire. Une identité. Une explication. Il peut passer des années sur la question. Votre corps est beaucoup moins ambitieux. Mais sur un point, il possède une information que votre esprit perd régulièrement :

Votre corps ne sait peut-être pas qui vous êtes. Mais il sait toujours où vous êtes.

Et peut-être que, pour revenir, nous n’avons pas toujours besoin de chercher le chemin.

Parfois, il suffit de remarquer ce qui était resté ici pendant notre absence.

Un des neuf articles de NLP Academy sur l'attention et l'expérience ordinaire. Voir tous les articles du blog →

Vivre l'expérience, pas seulement la lire

Ce que décrit cet article se découvre mieux en le vivant qu'en le lisant.
Atelier découverte PNL — 4h, Dar El Marsa, Tunis.

Découvrir l'atelier

NLP Academy · Accrédité Society of NLP · Fondé en 2004

Karim Turki — Maître Enseignant PNL
Karim Turki Maître Enseignant certifié en PNL — Society of NLP (Santa Cruz, Californie, 2003)

Fondateur de NLP Academy (2004), Maître Praticien en Hypnose Ericksonienne, superviseur de coachs (CSA). Plus de 700 jours de formation PNL animés pour des organisations telles que l'ONU, l'UNICEF, la Banque Centrale de Tunisie, Total et Schneider Electric.

Partager
Society of NLP

Toutes nos formations certifiantes sont accréditées par la Society of NLP,
l'organisme de certification international fondé par Richard Bandler.